
En entrant dans le Transbordeur ce mardi 17 mars, une chose frappe immédiatement : la salle est pleine. Pas moins de 1670 personnes sont venues écouter du bluegrass, du folk et de l’americana … Ces genres souvent à la marge remplissent ce soir la salle, plutôt rock d’ordinaire, comme ils avaient rempli, quelques jours avant, l’Olympia à Paris. The Dead South a donc réussi ce pari grâce à une musique de qualité, mais aussi à un goût affirmé pour la mise en scène, en concert comme sur les réseaux sociaux, ce qui leur permet de toucher un public bien plus large que celui des aficionados habituels.
Live report – The Dead South + Benjamin Dakota Rogers
📆 17 mars 2026
📌 Villeurbanne – Le Transbordeur
📸 Charles-François Mingalon @champagne_missia
Nous sommes le 17 mars, jour de la Saint-Patrick, et la musique de The Dead South porte en elle une part de cet héritage. Et comme pour toute Saint-Patrick qui se respecte, le public est venu avec une intention qui se ressent dès les premières minutes : faire la fête. Et autant vous le dire tout de suite, la soirée sera réussie et sans aucune fausse note. Blues Actu y était et vous raconte.
Benjamin Dakota Rogers installe l’ambiance
La soirée débute avec Benjamin Dakota Rogers, seul sur scène avec sa guitare. L’ouverture de son set évoque l’esprit des working songs, ces chants de travail hypnotiques qui font partie de la tradition musicale nord-américaine. Très vite, il chauffe le public avec des morceaux de son dernier album, comme l’excellent Charlie Boy, qu’il présente avec humour comme « une chanson qui lui porte chance ». Puis vient She’s My Pretty Little Darling, qu’il interprète avec cette diction caractéristique qui rappelle parfois un Bob Dylan ou Johnny Cash. Ou même Dan Tyminski (Union Station) dont je vous ai parlé récemment dans Ciné Blues consacré au film O Brother. Il n’est donc pas étonnant que notre homme ait repris Man of Constant Sorrow, la chanson phare du film, dans une version remarquable en 2023.
La suite du set permet de poursuivre l’exploration de son dernier album This Ol’ Way et confirme l’atmosphère de sa musique, entre country sombre et folk narratif. Originaire du Canada et ayant grandi dans une ferme, Benjamin Dakota Rogers s’inscrit clairement dans cette tradition rurale où les chansons racontent des vies, des routes et des choix parfois compliqués. Nous regrettons parfois de ne pas comprendre toute la richesse de ses paroles, pleines d’humour et de dérision, mais on va se rattraper en allant écouter cet artiste qui est, pour nous, une totale découverte.
Bref, une entrée en matière parfaite et très cohérente avec l’univers de la soirée.
The Dead South : bienvenue au saloon ol’ boy !
Lorsque les lumières se rallument après la première partie, le décor prend toute sa dimension. La scène du Transbordeur reproduit l’image d’une vieille ville de western, avec ses façades en bois alignées comme dans une rue poussiéreuse de l’Ouest américain. Ce décor incroyable reprend directement l’esthétique de la pochette du dernier album du groupe Chains & Stakes, qui s’inspire justement de ces villes-frontières du XIXᵉ siècle.

On comprend alors qu’il ne suffit pas d’écouter la musique de The Dead South. Il faut aussi la regarder. Les quatre musiciens se placent autour des micros dans leur formation habituelle. Chemises blanches, bretelles noires, chapeaux larges : une esthétique désormais indissociable du groupe, un dress code repris même par une poignée de fans dans le public. Banjo, mandoline, guitare et violoncelle s’installent progressivement. Chacun passe d’un micro à l’autre pour le chant même si une grande partie des lignes vocales sont assurées par Nathaniel Hilts, surnommé “The Good Lord”, figure centrale du groupe.
Le groupe installe rapidement son univers avec Snake Man Pt. 1 et Snake Man Pt. 2, un diptyque aux accents irlandais qui plonge immédiatement dans leur imaginaire : personnages mystérieux, atmosphère sombre et histoires contées dans la plus pure tradition du folk. Le violoncelle, parfois joué à l’archet, est souvent utilisé comme une basse rythmique, une autre particularité de cette formation qui donne au groupe une profondeur sonore assez singulière et offre à Danny Kenyon une grande liberté de mouvement (et il ne s’en prive pas !).

Les chansons alternent ensuite entre histoires noires et moments plus légers. Son of Ambrose ou That Bastard Son prolongent cette tradition des récits familiaux et des figures hautes en couleurs de l’Amérique rurale. À l’inverse, certains titres laissent apparaître l’humour qui traverse le répertoire du groupe. Dans Time for Crawlin’, un titre phare de l’album Illusions & Doubt (2016), Scott “The Gentleman” Pringle raconte ses mésaventures après avoir trop bu de bière et de whisky, se retrouvant à la porte de chez lui parce que sa femme refuse de le laisser rentrer. « My best friend’s been a bottle nearly every night / So honey won’t you let me in ».
Sur cette tournée européenne, le banjo est assuré par Scott “The Disciple” Caelum, qui remplace Colton Crawford pour certaines dates, suite à des soucis de santé. « Si on est là ce soir, c’est parce que lui il est là ! » lance le groupe avec humour. Et ce soir-là, c’est aussi son anniversaire. Alors, lorsque les musiciens l’annoncent, toute la salle se met spontanément à chanter Happy Birthday. On se croirait presque dans une fête de (grande) famille.
Le moment le plus attendu arrive évidemment avec In Hell I’ll Be in Good Company. Sorti sur l’album Good Company en 2014, le titre est devenu un phénomène mondial après la mise en ligne de son clip en 2016, qui cumule aujourd’hui plusieurs centaines de millions de vues sur YouTube. Au Transbordeur, les premières notes suffisent pour que le public reprenne immédiatement le refrain, commence à siffler la mélodie et sorte les portables de la poche, ce que l’on a fait aussi, je l’avoue honteusement, pour vous proposer la vidéo ci-après. Avouez que ça valait quand même le coup.
Le rappel commence dans une configuration plus dépouillée, deux musiciens revenant d’abord seuls sur scène avant que le groupe ne se reforme pour les derniers morceaux. La soirée s’achève avec Banjo Odyssey, devenu au fil des tournées l’un des morceaux emblématiques du groupe.
Pendant un peu plus d’une heure et demie, le Transbordeur s’est transformé en vieille ville de western. Et en voyant toute la salle reprendre les refrains de The Dead South, on mesure le chemin parcouru par ce groupe venu des Prairies canadiennes et on ne peut que leur tirer leur chapeau, pardon, notre chapeau !
Setlist – Transbordeur (17 mars 2026)
- Snake Man Pt. 1
- Snake Man Pt. 2
- 20 Mile Jump
- Son of Ambrose
- Boots
- Yours to Keep
- Time for Crawlin’
- The Recap
- Father John
- That Bastard Son
- Black Lung
- A Little Devil
- Broken Cowboy
- The Dead South
- In Hell I’ll Be in Good Company
- Honey You
Rappel :
- Clemency
- Completely, Sweetly
- Travellin’ Man
- Banjo Odyssey
En savoir plus sur Bluesactu.com
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
